La chronique de BLACK IS BACK « Sidiki »

2018.2019 Sidiki Ph Black is back

Migrant …. C’est difficile à dire comme mot, parce qu’en général ce qui vient avec est loin d’être agréable. Chasse à l’homme, racket, violence extrême, misère, passeur, noyade, viol, clandestin, barbelé, mort …. Morts beaucoup. Morts tellement que ça en devient abstrait. Ça nous parle même plus, c’est trop, ce ne sont plus que des chiffres, 20, 30, 80, souvent plus. On en oublie que 20 c’est 20 fois quelqu’un qui y a laissé sa peau. Et pourtant ils le savent en partant, et pourtant ils partent.
Partir, ne plus supporter l’insupportable. Partir ça laisse au moins une chance. Partir et quitter sa terre, sa famille, ses amis de toujours. Penser « Maintenant, je vais vivre des choses que tu ne sauras pas, maintenant tu vas vivre des choses que tu me diras pas. Va falloir apprendre à vivre sans toi, Je sais pas comment je vais faire, je sais même pas si c’est possible ». Partir quand même, malgré la peur et le déchirement, y a pas d’autre choix possible.
C’est l’histoire de SIDIKI. Il a 16 ans, c’est un solide. Cote d’Ivoire, désert, Méditerranée, Marseille, Bordeaux. Je vais pas vous raconter l’enfer du voyage, vous l’avez déjà entendu des dizaines de fois. La chance et les épaules l’ont aidé pour le trajet. Il est passé, tous n’ont pas réussi. Mais c’est pas le tout, comment tu fais quand t’es un gamin dans un pays que tu connais pas, que tu parles pas bien la langue, que t’as pas d’oseille, que t’as pas de papiers, que tu connais personne, que t’as rien à bouffer, qu’il fait froid comme tu savais pas qu’il pouvait faire aussi froid. T’es vivant, mais c’est à peut prêt le seul point positif. Ça doit être ça qu’on appelle être dans la merde. Si personne vient à la rescousse rapidement ça va être compliqué.
A Bordeaux l’indifférence change de camp. Les gens d’une organisation tombent sur lui et décident de lui donner un coup de main. Ils lui dégottent une place dans un foyer au Fleix. Bienvenu en Périgord. Reste plus qu’à tout réapprendre. Ecole, stage de formation, apprentissage de la vie d’ici. Il veut tout bouffer.
Un jour à la télé du foyer, il voit un nouveau truc : « ça a l’air bien ce sport, c’est quoi ? – C’est du Rugby, tu connais pas ? – Non – Tu faisais du sport là bas ? – Des fois j’ai fais du football, mais chaque fois que j’en touchais un il tombait, alors ils ont plus voulu de moi – C’est bon ! T’es fais pour le Rugby, faut aller à l’USB ».
Tout le monde au club s’est dit : « En se poussant un peu, on va bien lui trouver une petite place ». Alors tout le monde c’est poussé et finalement sa place est là.
C’est Alain et la famille CEREA qui l’a pris sous son chapeau, fils de migrant Espagnol, ça doit y faire. Aller le chercher au foyer, l’emmener au stade, le remmener, le garder pour manger, souvent pour dormir. Faut encore apprendre des nouvelles choses. « On va te trouver des fringues plus chaudes que ça, autrement tu vas geler sur pied. – J’ai déjà un blouson – Mais non ça c’est un blouson pour l’été – Ah bon ! Y a des blousons pour l’été et des blousons pour l’hiver ? – D’abord tiens prends cette écharpe – C’est quoi une écharpe ?
Pourquoi y a toutes ces bougies sur le gâteau ? C’est quoi un anniversaire ?
Antoine lui a offert un ballon, depuis SIDIKI dort avec.
Cette fois c’est la vie qui a gagné.

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